«C'est au cour de la première moitié du XXI siècle que des personnalités aussi marquantes et aussi oposées que Saint Bernard et Abélard provoquem de profondes commotions dans la societée. Dans le débat qui les oppose apparaissent les modes de representation de la nature. Tout en lançant un programme de mise en valeur des terres, Saint Bernard maintient solidement l'autorité des symboles sur le régne vegetále.(...)
Abélard au contraire se dégage de la symbolique et considere la nature comme une entité qui doit être vue en soi et comprise dans son mode de fonctionnement propre. (...)
Abélard de Bath, traducteur des savants arabes, déclare: «Il faut découvrir les lois internes des choses; c'est par là que nous sommes des hommes».
(...) Pourtant, même en cette époque où la nature commence à faire l'object d'une approche guidée par la geometrie (...) les modes de représentation des arbres, des fleurs et des animaux demeurent très largement symboliques ou décoratifs. (...)
Sans doute faut-il expliquer par ce mode de pensée le fait que les architectes du XIIe n'aient pas tracé de jardins comparables en audace et en beauté aux cathédrales qu'ils élevaient alors. Leur jardin, c'est le vitrail. Dans les mentalités du temps, la nature parle par la lettre des textes sacrés ou par les métaphores du sermon. Quand on la représente pour elle même, c'est dans l'église, sur son pavement où apparaissent les labyrinthes qui figurent l'univers ou le périple de Terre sainte ou dans son architecture où les vitraux tiennent une place sans cesse grandissante (...).
Les Jardins, Michel Baridon
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